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07
nov.

Les caractéristiques de l'alimentation chinoise

Dans Home, 1950 lectures

Le style d'alimentation d'une culture est certainement déterminé en premier lieu par les ressources naturelles qui sont disponibles... Aussi n'est-il pas surprenant que l'alimentation chinoise soit avant tout caractérisée par un assemblage de plantes et d'animaux qui croissent aisément sur le territoire chinois depuis très longtemps. Une liste détaillée n'aurait pas sa place ici, et les données quantitatives ne sont pas disponibles.
 
L'énumération suivante est hautement impressioniste :

Féculents : millet, riz, kao-liang, blé, maïs, sarrasin, yam, patate douce.
Légumineuses: soja, grosse fève, cacahuète, haricot mungo.
Légumes : mauve, amaranthe, chou chinois, moutarde, navet, radis, champignon.
Fruits: pêche, abricot, prune, pomme, jujube, datte, poire, pomme sauvage, aubépine, longan, litchi, orange.
Viandes: porc, chien, boeuf, mouton, gibier, poulet, canard, oie, faisan, nombreux poissons.
Epices: piment, gingembre, ail, petit oignon, cannelle.


La cuisine chinoise est, dans ce sens, la manipulation de ces aliments comme ingrédients de base.
Comme les ingrédients ne sont pas les mêmes partout, l'alimentation chinoise prend un caractère local simplement en raison des ingrédients qu'elle utilise. Evidemment, les ingrédients ne sont pas suffisants pour la caractérisation de l'alimentation chinoise, mais c'est un bon début. Comparez, par exemple, la liste qui précède avec une autre dans laquelle les produits laitiers occupent une place prépondérante, et immédiatement, le contraste est significatif entre ces deux traditions alimentaires. Un aspect important à propos de l'assemblage distinctif des ingrédients est son évolution à travers l'histoire.

En ce qui concerne la nourriture, les chinois ne sont pas nationalistes au point de résister aux importations. En fait, les produits alimentaires étrangers ont été promptement adoptés depuis l'aube de l'histoire chinoise. Le blé, les moutons et les chèvres ont probablement été introduits depuis l'ouest de l'Asie en des temps préhistoriques, de nombreux fruits et légumes sont venus d'Asie centrale durant les périodes Han et Tang, et l'arachide et la patate douce sont arrivés par les navires marchands durant la période Ming. Tous sont devenus des ingrédients propres à la nourriture chinoise. Dans le même temps,... le lait et les produits laitiers, à ce jour, n'ont pas pris une place prépondérante dans la cuisine chinoise...

Dans la culture chinoise, le processus entier qui consiste à préparer les aliments à partir des ingrédients bruts jusqu'aux morceaux prêts à être mis en bouche, inclut un système complexe de variables reliées les unes aux autres qui est éminemment distinctif lorsque on le compare à d'autres grandes traditions culinaires. La base de ce système complexe s'appuie sur la division entre ce qui est "fan", les céréales et autres féculents, et ce qui est "cai", les légumes et les préparations à base de viande. Pour préparer un repas équilibré, il doit avoir une quantité adaptée à la fois de "fan" et de "cai", et les ingrédients sont préparés suivant deux modes différents. Les céréales sont cuites entières ou sous forme de farine, pour constituer la moitié "fan" du repas sous différentes formes : fan (au sens propre, "riz cuit"), pain de blé, millet ou maïs cuit vapeur, ping (crêpes), et nouilles. Les légumes et les viandes sont coupés et mélangés de plusieurs manières pour donner des plats séparés qui constituent la moitié "cai" du repas.

Même dans les repas au sein desquels la portion de féculents et la portion de viande/légumes sont apparemment mêlés, comme dans le "wonton", elles sont en fait mises ensemble mais pas mélangées, et chacune garde toujours la proportion attendue et ses qualités spécifiques... Pour la préparation du cai, l'usage d'ingrédients multiples et le mélange des saveurs est la règle, ce qui signigie surtout que les ingrédients sont coupés et non cuisinés entiers, et qu'ils sont combinés de manières variées pour réaliser des plats uniques qui présentent un vaste éventail de saveurs différentes.


Le porc par exemple, peut être coupé en dés, émincé en lamelles ou en tranches, et lorsqu'il est combiné avec d'autres viandes et des légumes et épices variés il donne naissance à des mets profondément différents, de par leur forme, leur parfum, leurs couleurs, leur goût et leur arôme.


Le parallélisme du fan et du cai dans les principes décrits ci-dessus et la préparation du cai sont à l'origine d'un certain nombre de caractéristiques propres à la culture de la cuisine chinoise, spécialement dans le domaine des ustensiles.
Pour commencer, il y a des ustensiles pour le fan et des ustensiles pour le cai, à la fois pour cuisiner et pour servir. Dans la cuisine moderne, le fan kuo (cuiseur pour riz) et le cai kuo (wok) sont très différents et, par principe, ne sont pas interchangeables...


Pour préparer le genre de cai que nous avons dépeint, le hachoir ou un couperet et la planche à découper sont un équipement standard dans toute cuisine chinoise, ancienne ou moderne. Pour porter les céréales cuites à la bouche, et pour servir les morceaux des plats de viande et légumes, les baguettes se sont avérées plus utiles que les mains ou tout autre instrument (tels que cuillers et fourchettes, la première étant utilisée en Chine à côté des baguettes). 



Ce système complexe de caractéristiques en inter-relation propre à la nourriture chinoise pourrait être décrit, si on voulait en faire le résumé, comme le principe chinois du fan-cai. Envoyez un chinois cuisiner dans une cuisine américaine, en lui donnant des ingrédients chinois ou américains, et il ou elle :

 


a) préparera la quantité adéquate de fan,
b) coupera les ingrédients et les mélangera en diverses combinaisons, et
c) cuisinera les ingrédients en plusieurs plats et, peut-être, une soupe.


Avec les bons ingrédients, la "chinoiseté" du repas augmenterait, mais même avec des ingrédients entièrement américains et cuisinés avec des ustensiles américains, c'est toujours un repas chinois.

L'exemple qui précède montre que la façon de manger des chinois est caractérisée par une souplesse et une adaptabilité remarquables. Comme un plat cai est fait d'un mélange d'ingrédients, son apparence propre, son goût, sa saveur, ne dépendent pas du nombre exact des ingrédients, ni, la plupart du temps, d'un ingrédient isolé. C'est également vrai pour un repas, constitué d'une combinaison de plats.


Dans les périodes d'opulence, quelques articles plus onéreux pourront être ajoutés, mais si les temps sont durs ils pourront être omis sans causer de dommage irréparable. Si la saison n'est pas tout à fait la bonne, des substituts pourront être utilisés. Avec ces principes de base, un cuisiner chinois peut préparer des plats "chinois" aussi bien pour les pauvres que pour les riches, en période de pénurie comme en période d'abondance, et même dans un pays étranger dépourvu de nombreux ingrédients familiers. La façon de cuisiner des chinois a certainement aidé le peuple chinois à travers certaines périodes difficiles dans leur histoire. Et, bien sûr, on pourrait également dire que les chinois cuisinent comme ils le font en raison de leur besoin et de leur désir d'adaptabilité. Cette adaptabilité apparaît dans au moins deux autres caractéristiques.

La première est la connaissance étonnante que les chinois ont acquis de leurs ressources en plantes sauvages... Les paysans chinois connaissent apparemment chaque plante comestible de leur environnement, or elles sont très nombreuses. La plupart n'apparaissent pas sur la table d'ordinaire, mais elles pourront être aisément adaptées à la consommation en temps de famine... C'est là un exemple de cette flexibilité : une très petite quantité de produits alimentaires sont d'usage courant, mais, si nécessaire, une bien plus grande variété de plantes pourra être utilisée.

La connaissance de ces "plantes de la famine" a été soigneusement transmise en tant que culture vivante - apparemment cette connaissance n'a pas été entreposée dans l'obscurité trop longtemps ou trop souvent. Un autre trait caractéristique des habitudes alimentaires chinoises qui a contribué à leur remarquable adaptabilité est le grand nombre et la grande variété de leurs modes de conservation des aliments...

La nourriture est conservée par fumage, salage, sucrage, marinage, saumurage, séchage, trempage dans une grande variété de sauces soja et ainsi de suite, et la gamme entière des produits alimentaires est concernée - céréales, viande, fruits, oeufs, légumes et tout le reste. Là encore, avec les aliments conservés, le peuple chinois était toujours paré à l'éventualité de disettes ou de pénuries.

L'alimentation chinoise est également caractérisée par les idées et croyances à propos de la nourriture, qui affectent activement les manières... selon lesquelles la nourriture est préparée et consommée. L'idée dominante à propos de la nourriture en Chine - selon toute vraisemblance une idée supportée par un fondement scientifique solide mais encore non divulgué - est que le genre et la quantité de nourriture que l'on consomme a un rapport intime avec la santé. La nourriture n'affecte pas seulement la santé suivant un principe général, la sélection du bon aliment à un moment donné est en relation directe avec notre état de santé au même moment.

Ainsi, la nourriture est aussi un remède. La régulation du régime pour prévenir ou soigner une maladie est certainement aussi occidentale qu'elle est chinoise. On en prendra pour exemples en Occident le régime pour les arthritiques et le récent engouement pour les aliments bio. Mais le cas chinois est différent en raison de ses principes sous-jacents. Les fonctions de l'organisme, dans l'optique chinoise, suivent les principes basiques du yin et du yang. De nombreux aliments sont aussi classifiables en ceux qui sont de qualité yin ou yang. Quand les forces yin et yang ne sont pas équilibrées dans le corps humain, des problèmes apparaissent. Des quantités adaptées de nourriture d'un genre ou de l'autre peuvent être administrées (c'est-à-dire mangées) pour contrebalancer le déséquilibre du yin et du yang. Si le corps fonctionne normalement, le fait de manger trop de l'un ou l'autre genre d'aliments va provoquer un excès de cette force dans le corps, et causer des troubles...

Au moins deux autres concepts appartiennent à la tradition alimentaire des chinois. Le premier est que, au cours du repas, des quantités adéquates aussi bien de fan que de cai doivent être consommées. En fait, des deux, c'est le fan qui est le plus fondamental et indispensable...

Le second concept est la frugalité. S'adonner avec excès à la nourriture et à la boisson est un pêché tellement grand que des dynasties se sont vraisemblablement écroulées pour de telles raisons... Quoique les considérations sur le fan-cai et la frugalité soient orientées vers la santé, elles sont au moins en partie liées à la traditionnelle pauvreté de la Chine en ressources alimentaires.


Enfin, l'aspect qui est peut-être le plus important de la culture alimentaire chinoise, est l'importance de la nourriture elle-même dans la culture chinoise. Que la cuisine chinoise soit la meilleure du monde est grandement discutable et est ici hors de propos. Mais on peut difficilement argumenter contre le fait que peu d'autres cultures sont aussi orientées vers la nourriture que la culture chinoise. Et cette orientation semble être aussi ancienne que la culture chinoise elle-même. [...]

Traduit et adapté de l'anglais, textes originaux sur sacu.org et askasia.org
 
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27
oct.

A table en Chine

Dans Home, 790 lectures
A l'Ouest, en raison de la popularité des restaurants chinois, nous avons une petite idée (plus ou moins authentique) des types d'aliments que l'on trouve en Chine, et nous sommes nombreux à avoir maîtrisé (plus ou moins) l'utilisation des baguettes. Mais l'expérience qui consiste à manger même dans le moins occidentalisé des restaurants chinois ressemble très peu à l'expérience qui consiste à partager le repas quotidien d'une famille chinoise. Manger au restaurant, que ce soit aux Etats-Unis ou en Chine, a plus à voir avec le fait d'assister à un banquet, ce qui implique des modifications délibérées par rapport aux habitudes et coutumes chinoises du quotidien.
Repas en famille
Bien que les coutumes et le type de nourriture varient en fonction des régions, il est d'usage que les membres des familles chinoises se réunissent pour prendre trois repas par jour. Dans certaines régions et à certaines époques de l'année, les travailleurs peuvent ne prendre que deux repas complets par jour, mais quand ils le peuvent, ils complètent ces repas avec jusqu'à trois autres plus petits repas, souvent pris dans des maisons de thé.
On n'observe généralement pas la forte association que nous avons à l'Ouest entre le type de nourriture et le moment de la journée où il est servi. Les types de plats qui sont servis aux deux ou trois repas principaux sont assez semblables. Le but est de fournir un certain nombre de plats à chaque repas, de façon à inclure dans chaque repas une gamme satisfaisante d'aliments, plutôt que de rechercher des différences en comparant un repas et le suivant.

De quoi se compose le repas ?
Au centre du repas chinois se trouve le fan, c'est-à-dire le riz ou les céréales. A tel point que le repas lui-même est appelé "moment de céréales". Dans le sud et dans les familles urbaines des autres régions, le fan peut être, effectivement, du riz ou un produit dérivé du riz, mais le riz est cher, comme l'est le blé mangé dans le nord sous forme de grains entiers cuits, de nouilles ou de pain. Alors, selon la région, les familles moins aisées pourront composer leurs repas à base de millet, de sorgho ou de maïs.
Les viandes et les légumes que nous considérons comme l'essentiel du repas sont le cai, ce qui signifie quelque chose comme "plats d'accompagnement" - on pourrait même aller jusqu'à les appeler condiments pour les céréales.

Places et service selon l'étiquette
Une place individuelle à un repas de tous les jours inclut un bol de fan, une paire de baguettes, une cuiller à soupe à fond plat et une soucoupe. Au lieu d'une serviette de table, une serviette chaude est souvent fournie à la fin du repas pour que le mangeur s'essuie les mains et la bouche. Les plats de viande et de légumes sont placés tous en même temps au centre de la table, et les convives mangent directement dans les plats communs en utilisant leurs baguettes.
La soupe est également mangée dans un bol commun. Plutôt que de servir à chaque personne une portion séparée, la soucoupe est utilisée pour les os et les arêtes ou pour y poser un morceau pris dans le plat commun lorsqu'il est trop grand pour être mangé en une seule fois.
Il est parfaitement acceptable de se pencher au dessus de la table pour attraper un morceau dans un plat situé loin de soi. Pour faciliter l'accès à tous les plats, les tables chinoises sont le plus souvent carrées ou rondes, et non allongées comme on peut en trouver en Occident.



Qui mange quoi, quand et comment ?
La personne la plus âgée commence à manger, et chacun prend ensuite son tour pour commencer après son supérieur (aîné) immédiat. On enseigne aux enfants à manger une part égale de chaque plat de cai, sans jamais montrer une préférence pour un aliment particulier en en mangeant davantage, et en ne faisant jamais une pause qui laisserait imaginer qu'on choisit un morceau particulier dans le plat. Afin de rafraîchir un peu la soupe et d'en mieux faire diffuser la saveur dans la bouche, la soupe est mangée en l'aspirant à partir de la cuiller. Cette méthode produit bien sûr ce bruit de "slurp" qui est tabou à l'Ouest.
Pour manger le riz, le dîneur élève le bol vers ses lèvres et pousse les grains vers sa bouche avec les baguettes. C'est la manière la plus facile de le manger et c'est aussi un signe de satisfaction - le fait de manger son fan à partir d'un bol qu'on laisserait sur la table suggère que l'on n'apprécie pas la nourriture. Chaque convive doit manger tout son fan. En laisser un grain est considéré comme une impolitesse, un manque de respect envers le travail requis pour le produire.


Accompagnements

On ne sert habituellement ni boissons ni dessert au repas. Les gens boivent du thé à peu près toute la journée, mais aux repas, la soupe est généralement le seul liquide fourni. Lors d'occasions particulières, il peut y avoir du vin ou de la liqueur, mais l'eau que les occidentaux boivent avec leurs repas n'est jamais présente.
Les produits sucrés sont habituellement réservés pour les occasions spéciales, où ils sont servis entre les différents plats, ou bien sont consommés dans le cadre de collations (petits repas) dans les maisons de thé.

Le petit déjeuner
Le petit déjeuner, comme on l'a vu plus haut, n'est pas nécessairement un repas différent des deux autres repas principaux. C'est ainsi que les saveurs salée et épicée y sont tout à fait coutumières. Les chinois commencent la journée avec un repas substantiel, qui peut comprendre des cacahuètes frites, des légumes marinés, du porc à la sauce pimentée, des bâtonnets frits (longs beignets, youtiao) et une bouillie de riz (ou gruau à base d'autres céréales et légumineuses), qui peut être salée ou sucrée, le tout arrosé d'un verre de bière.

Traduit et adapté de l'anglais, texte original sur www.cuisinenet.com
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